Do you know Paris? D’Haussmann à nos jours : urbanisme et transformations de Paris

Pour mieux comprendre le Paris “pré-haussmannien”, imaginez le tableau : au début du 19ème siècle et après des siècles d’évolutions organiques et désordonnées, la capitale ressemble encore à une ville du moyen-âge. Les rues, petites, tordues et malsaines, empêchent la circulation des gens et un entretien efficace. De vrais coupe-gorges qui éloignent les populations aisées du coeur de la ville. Peu lumineuse, Paris s’entasse sur elle-même, laissant ses rues pourrir et l’empêchant de se renouveler. Favorisant les mouvements populaires et handicapant les forces de l’ordre, cette ville d’un autre âge devient un fardeau même pour l’empereur de l’époque, Louis-Napoléon Bonaparte (dit Napoléon III).

 

De 1846 à 1848, l’empereur demeure à Londres. La capitale anglaise s’est renouvelée avec la Révolution Industrielle. Assainie, elle ouvre parcs et grandes avenues et devient une référence de la ville moderne aux yeux du monde… et surtout de Napoléon III. Ce dernier, de retour à Paris en 1850, possède les pouvoirs nécessaires pour mettre son grand projet en place : moderniser Paris et empêcher d’autres révolutions en repensant la ville. Pour cela, il choisit le Baron Haussmann qui possède le pragmatisme d’un architecte, la vision d’un urbaniste et les fonds financiers nécessaires, mis à disposition par l’empereur et ses ministres.

 

Il faut savoir qu’avec les travaux, le Baron Haussmann a modifié entre 60 et 70% de Paris. Après une expropriation massive, il fait détruire quelques 20 000 maisons pour en reconstruire plus de 40 000 au cours des 20 ans qui suivent. Ces nouvelles habitations respectent et étendent les nouvelles règles voulues par l’empereur Louis-Bonaparte :

• Chaque grand axe de Paris doit aboutir sur une voie de chemin de fer

• La hauteur des maisons doit toujours être égale à la largeur de la rue et ne jamais y être supérieure (soit une hauteur généralement entre 12 et 20 mètres de haut)

• Les tracés des grandes rues doivent mettre en avant les monuments et belles maisons parisiennes par des perspectives lisibles, ponctuées par les monuments parisiens, nouveaux repères de la ville

 

Do you know Paris? D’Haussmann à nos jours : urbanisme et transformations de Paris photo unsplash andreas selter aselter

 

A ces règles, Haussmann appose son regard d’urbaniste. Comme nous l’avions vu avec les façades, il s’agit de prolonger l’alignement des façades d’un bâtiment à l’autre, sans saillie, ni retrait. Que ce soit par les balcons/corniches, les toits et la pierre, tout est fait pour créer des perspectives claires et des lignes horizontales fortes qui les soulignent et de permettre à la ville de respirer par ces grandes avenues. Cette homogénéité passe par l’utilisation de la pierre de taille dans chaque construction et son nettoyage tous les 10 ans pour maintenir une esthétique convenable et l’entretenir. La rénovation de la capitale a bien entendu d’autres conséquences : la hausse des loyers écarte les populations les plus pauvres du centre-ville.

 

Les nouvelles rues sont aussi une part importante du chantier : 175 kilomètres de voiries sont posées et plus de 600 kilomètres d’égouts se chargent d’assainir la ville. En effet, la révision des circuits d’eau, de gaz, d’égouts, et bientôt du métro en 1900, permettent une évolution souple et adaptée de ces énergies et évacuations. Cet aménagement, en plus de la construction des immeubles, permet de revoir l’accessibilité des quartiers : énormément de services s’installent dans un cercle proche, facilitant ainsi la vie de quartier. Paris devient une ville qui favorise le parcours piéton. Malgré la densité très importante de Paris (3 fois plus qu’Hong Kong et 4 fois plus qu’à Londres), le volume des immeubles étant exposé à la lumière et à l’air s’approche des 100% contre 70% dans les tours créées de nos jours. Une autre prouesse rendue possible grâce à la façon de constituer les quartiers comme des alvéoles et un système de mitoyenneté continue.

 

Do you know Paris? D’Haussmann à nos jours : urbanisme et transformations de Paris

« Ouverture du boulevard de l’Opéra-Comique. Achévement du boulevard Haussmann » – Paris, 19ème siècle – BNF

 

Si les normes et règles peuvent sembler strictes, elles ont permit de faire émerger le Paris que nous connaissons aujourd’hui : moderne, agile, sain et lumineux. L’espace public gagne aussi en lisibilité et en accessibilité. Les parisiens se réapproprient les parcs et le mobilier urbain de la ville, allant volontiers d’un point à l’autre à pied. A compter de cette époque, Paris fait partie des villes européennes où l’on marche le plus. C’est la conséquence directe d’un travail sur la densité de la ville en alternant les pleins et les vides, permettant une diversité visuelle et une circulation renouvelée.

Dans le prochain épisode, nous vous parlerons de ce mobilier urbain si distinctif qui fait la richesse et l’identité des rues de Paris au même titre que les façades haussmanniennes. C’est aussi par ce mobilier et par l’assouplissement du catalogue architectural et des règles d’urbanisme que la créativité s’exprime et que l’Art Nouveau fleurit les rues de Paris.

Lire l’épisode précédent : Les immeubles haussmanniens

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